dimanche 24 octobre 2010
Land of Giants : des pylônes électriques à formes humaines
lundi 4 octobre 2010
E = mc², Proust et ses madeleines
«(…) Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? En science, cette question se pose ainsi : peut-on expliquer l’origine de la structure physique de l’univers, c'est-à-dire l’espace, le temps et la matière ?
A la fin du XIXème siècle, ces termes étaient encore séparés : on pensait l’espace comme une grande boîte vide, la matière comme des objets dans cette boîte, et le temps comme un grand tic-tac cosmique, censé « s’écouler ». On s’est aperçu depuis que l’espace, le temps et la matière étaient une seule et même chose. C’est une idée violente, difficile à accepter. Einstein commence par nous expliquer qu’ « espace » et « temps » ne sont pas séparés, mais qu’il existe en fait un « espace-temps », et il ajoute que cet « espace-temps » est une boite, la matière peut déformer cette dernière ! Si cela vous paraît compliqué à visualiser, pensez à de la gelée de veau : vous mettez un objet dedans, elle se déforme, n’est-ce pas ? Eh bien ! Les étoiles et les trous noirs font pareil dans l’espace-temps.
Et la matière ?
La réponse est dans une des équations les plus profondes du XXème siècle : E=mc², qui a complètement changé l’idée que l’on se faisait de la matière. Avant Einstein, la masse, - le « m » de l’équation – était la caractéristique essentielle de la permanence de la matière : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », disait Lavoisier ! Autrement dit, les atomes, la matière sont absolument permanents. E=mc² répond que non, cette masse n’est pas forcément permanente, car elle équivaut à de l’énergie. Et l’énergie, c’est justement ce qu’il y a de plus transformable dans l’univers. A partir de lumière pure, de rayonnement pur, bref d’énergie, vous pouvez en effet fabriquer de la matière. Et, réciproquement, la matière peut se transformer en rayonnement. Voilà pourquoi on peut dire que l’essentiel de la matière de l’univers a été fabriqué dans le big-bang, à partir de rayonnements purs : la matière, c’est comme de la lumière congelée !
Vous évoquiez Proust et Einstein, mais s’il y a bien quelque chose qui persiste dans le langage commun, malgré leur travaux respectifs, c’est la conviction que le temps existe, et qu’il « passe »…
C’est vrai : le matérialisme opaque qui a précédé Einstein, plutôt effrayant avec sa conception d’un temps irréversible et inexorable, a beau ne plus être tenable, on continue à formuler les choses comme si le temps « s’écoulait ». C’est dire la pesanteur des idées du XIXème siècle ! Car, s’il y a bien une chose qu’Einstein nous a expliquée, et que Proust a parfaitement comprise, c’est que le temps est une illusion. Ceux qui pensent que Proust est le poète des regrets, focalisé sur le temps passé, font un énorme contresens. Derrière la conception du temps du romancier, il y a l’idée que l’essence de l’homme est éternelle. Et la possibilité d’accéder vraiment à ces moments « passés », à travers l’expérience d’une madeleine trempée dans une tasse de thé, le dit bien.
dimanche 3 octobre 2010
De Manet à Wharol en passant par Duchamp
D'un point de vue purement artistique, l'œuvre warholienne ne vient pas de rien. Elle s'inscrit dans une histoire de la peinture moderne commençant au milieu du XIXe siècle avec Manet. S’il fallait une date à cette rupture ce serait, quasiment un siècle avant Warhol, l’exposition des Refusés de 1863 à Paris, où Manet montre son Déjeuner sur l’herbe. Pour Gaétan Picon, cela marque la fin de la peinture classique, celle qu’il appelle la « peinture dédoublée », là où l’image est le signe d’un signe (elle renvoie à un texte biblique, mythologique, historique). La peinture naissante, elle, ne renvoie à rien. Elle n’imagine pas. Ce que représente Manet, Degas puis les impressionnistes, c’est ce qu’ils voient, un point c’est tout. Et déjà, comme le note Gaétan Picon, « par son choix du présent, la nouvelle peinture se rattache au dessin de journal, au croquis de more, à la caricature politique ».
Mais elle reste à la marge – ce n’est pas tant la culture populaire qui l’intéresse que la représentation du réel : la ville, la campagne, les êtres ordinaires dans leur vie quotidienne, au travail ou se divertissant.
Et si un siècle plu tard Warhol paraît montrer un intérêt inverse – pour la culture populaire plutôt que pour le réel -, c’est surtout parce que la société occidentale a changé, parce qu’elle commence ça révolution technologique et da désindustrialisation, parce que le monde ouvrier ne le sait pas mais disparaît lentement et que la culture populaire finit de se dissoudre dans la consommation et communication. Voila le nouveau réel selon Andy : la pub, le commerce, les marques, la violence, le fric et les stars. Il n’est pas né d’un l’imaginaire d’un artiste et ne renvoie à rien d’autre qu’à lui-même. Et Warhol le montre, tel quel. Ce qu’il montre est assez peu poétique, et les moyens qu’il emploie sont plutôt crus, car entre-temps, entre Le Déjeuner sur l’herbe et 32 Boites de soupes Campbell, entre 1863 et 1962, entre Manet et Warhol, il y a eut Marcel Duchamp.
Marcel et ses ready-made (Roue de bicyclette, Porte-bouteilles, Foutain – L’Urinoir), ou le simple objet manufacturé devenu œuvre d’art par la seule volonté de l’artiste : Duchamp ne représente même plus ce qui est, il le pose là, tel quel, un point c’est tout. Cette nouvelle rupture a une date, celle de la conception du premier ready-made, la Roue de bicyclette, en 1913 (ou celle de la première exposition – refusée -, Fountain, en 1917 à New York)…