dimanche 24 octobre 2010

Land of Giants : des pylônes électriques à formes humaines

Le cabinet d'architectes américain Choi+Shine vient d'obtenir une récompense plutôt curieuse, mais méritée : le prix de l'architecture non-construite de la Boston Society of Architects.
En 2008, le cabinet a répondu à une commande de la compagnie d'électricité islandaise Landsnet, en inventant ces pylônes à formes humaines. Basés sur une structure simple et modulable, ils peuvent prendre différentes positions sans construction trop compliquée.
Malheureusement, la crise islandaise est passée par là, et la commande n'a pas encore abouti. D'où l'utilité d'un prix pour des projets architecturaux « non construits »…
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lundi 4 octobre 2010

E = mc², Proust et ses madeleines

«(…) Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? En science, cette question se pose ainsi : peut-on expliquer l’origine de la structure physique de l’univers, c'est-à-dire l’espace, le temps et la matière ?

E=mc2

A la fin du XIXème siècle, ces termes étaient encore séparés : on pensait l’espace comme une grande boîte vide, la matière comme des objets dans cette boîte, et le temps comme un grand tic-tac cosmique, censé « s’écouler ». On s’est aperçu depuis que l’espace, le temps et la matière étaient une seule et même chose. C’est une idée violente, difficile à accepter. Einstein commence par nous expliquer qu’ « espace » et « temps » ne sont pas séparés, mais qu’il existe en fait un « espace-temps », et il ajoute que cet « espace-temps » est une boite, la matière peut déformer cette dernière ! Si cela vous paraît compliqué à visualiser, pensez à de la gelée de veau : vous mettez un objet dedans, elle se déforme, n’est-ce pas ? Eh bien ! Les étoiles et les trous noirs font pareil dans l’espace-temps.

Et la matière ?

medium_einstein La réponse est dans une des équations les plus profondes du XXème siècle : E=mc², qui a complètement changé l’idée que l’on se faisait de la matière. Avant Einstein, la masse, - le « m » de l’équation – était la caractéristique essentielle de la permanence de la matière : «  Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », disait Lavoisier ! Autrement dit, les atomes, la matière sont absolument permanents. E=mc² répond que non, cette masse n’est pas forcément permanente, car elle équivaut à de l’énergie. Et l’énergie, c’est justement ce qu’il y a de plus transformable dans l’univers. A partir de lumière pure, de rayonnement pur, bref d’énergie, vous pouvez en effet fabriquer de la matière. Et, réciproquement, la matière peut se transformer en rayonnement. Voilà pourquoi on peut dire que l’essentiel de la matière de l’univers a été fabriqué dans le big-bang, à partir de rayonnements purs : la matière, c’est comme de la lumière congelée !

marcel-proust-madeleine

Vous évoquiez Proust et Einstein, mais s’il y a bien quelque chose qui persiste dans le langage commun, malgré leur travaux respectifs, c’est la conviction que le temps existe, et qu’il « passe »…

C’est vrai : le matérialisme opaque qui a précédé Einstein, plutôt effrayant avec sa conception d’un temps irréversible et inexorable, a beau ne plus être tenable, on continue à formuler les choses comme si le temps « s’écoulait ». C’est dire la pesanteur des idées du XIXème siècle ! Car, s’il y a bien une chose qu’Einstein nous a expliquée, et que Proust a parfaitement comprise, c’est que le temps est une illusion. Ceux qui pensent que Proust est le poète des regrets, focalisé sur le temps passé, font un énorme contresens. Derrière la conception du temps du romancier, il y a l’idée que l’essence de l’homme est éternelle. Et la possibilité d’accéder vraiment à ces moments « passés », à travers l’expérience d’une madeleine trempée dans une tasse de thé, le dit bien.

dimanche 3 octobre 2010

De Manet à Wharol en passant par Duchamp

Edouard_Manet_-_Le_Dejeuner_sur_l_herbe D'un point de vue purement artistique, l'œuvre warholienne ne vient pas de rien. Elle s'inscrit dans une histoire de la peinture moderne commençant au milieu du XIXe siècle avec Manet. S’il fallait une date à cette rupture ce serait, quasiment un siècle avant Warhol, l’exposition des Refusés de 1863 à Paris, où Manet montre son Déjeuner sur l’herbe. Pour Gaétan Picon, cela marque la fin de la peinture classique, celle qu’il appelle la « peinture dédoublée », là où l’image est le signe d’un signe (elle renvoie à un texte biblique, mythologique, historique). La peinture naissante, elle, ne renvoie à rien. Elle n’imagine pas. Ce que représente Manet, Degas puis les impressionnistes, c’est ce qu’ils voient, un point c’est tout. Et déjà, comme le note Gaétan Picon, « par son choix du présent, la nouvelle peinture se rattache au dessin de journal, au croquis de more, à la caricature politique ».

Mais elle reste à la marge – ce n’est pas tant la culture populaire qui l’intéresse que la représentation du réel : la ville, la campagne, les êtres ordinaires dans leur vie quotidienne, au travail ou se divertissant.

CRI_159222 Et si un siècle plu tard Warhol paraît montrer un intérêt inverse – pour la culture populaire plutôt que pour le réel -, c’est surtout parce que la société occidentale a changé, parce qu’elle commence ça révolution technologique et da désindustrialisation, parce que le monde ouvrier ne le sait pas mais disparaît lentement et que la culture populaire finit de se dissoudre dans la consommation et communication. Voila le nouveau réel selon Andy : la pub, le commerce, les marques, la violence, le fric et les stars. Il n’est pas né d’un l’imaginaire d’un artiste et ne renvoie à rien d’autre qu’à lui-même. Et Warhol le montre, tel quel. Ce qu’il montre est assez peu poétique, et les moyens qu’il emploie sont plutôt crus, car entre-temps, entre Le Déjeuner sur l’herbe et 32 Boites de soupes Campbell, entre 1863 et 1962, entre Manet et Warhol, il y a eut Marcel Duchamp.

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Marcel et ses ready-made (Roue de bicyclette, Porte-bouteilles, FoutainL’Urinoir), ou le simple objet manufacturé devenu œuvre d’art par la seule volonté de l’artiste : Duchamp ne représente même plus ce qui est, il le pose là, tel quel, un point c’est tout. Cette nouvelle rupture a une date, celle de la conception du premier ready-made, la Roue de bicyclette, en 1913 (ou celle de la première exposition – refusée -, Fountain, en 1917 à New York)…

 

Mention spécial du jury pour LA PUB LA PLUS CONNE DU MONDE

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samedi 25 septembre 2010

George Orwell : La ferme des animaux

Résultats Google Recherche d'images correspondant à httpwww.decitre.frgi829782070343782FS.gif - Google Chrome  - Allégorie de la révolution russe et de la manière dont l'utopie communiste est devenue un régime autoritaire stalinien
- Allusion au fascisme

l'ensemble du récit est une sorte de conte philosophique qui
montre comment les utopies sont dangereuses et tournent au
malheur de ceux dont elles prétendent assurer le bonheur.

 

On est ainsi devant 3 niveaux de lecture :
- une histoire d'animaux de la ferme
- la critique du communisme
- une vision pessimiste du monde

9782070375165FS

Résumé :

Des animaux vivent dans une ferme de la campagne anglaise. Mr Jones en est le propriétaire. Mais les conditions de travail des animaux sont précaires : rations de nourriture faibles, repos quasi inexistant, pas de jours fériés, même pas de syndicat de vaches laitières ou de canards.

Si bien que le vieux cochon Sage l'Ancien, qui maîtrise la rhétorique, décide de préparer un complot et de lancer une révolte. Il promet un monde
meilleur, sans exploitation, passant par la fin de la domination humaine. Une nouvelle ère doit voir le jour, l'Animalerie. Un chant est d'ailleurs créé à cette occasion : Bêtes d'Angleterre. L'Animalerie aura vocation à s'étendre à la terre entière : "animaux de tout pays, unissez-vous !" scanderont bientôt les exploités du monde entier, promet Sage l'Ancien.

Un 21 juin, la révolution éclate enfin : Jones et ses ouvriers sont mis en fuite par toute la basse-cour, aidés par les vaches, les veaux, les chevaux, les ânes et les dindons. Deux cochons, Boule de Neige et Napoléon, dignes héritiers de Sage, prennent la tête du nouveau régime. Un troisième cochon, Brille-Babil, se charge de la communication.
Sept règles sont alors peintes sur la paroi de la grange, à la vue de toute l'Animalerie :

1. Tout deuxpattes est un ennemi
2. Tout quatrepattes ou tout volatile, un ami.
3. Nul animal ne portera de vêtements
4. Nul animal ne dormira dans un lit
5. Nul animal ne boira d’alcool
6. Nul animal ne tuera un autre animal
7. Tous les animaux sont égaux

Un certain nombre d'animaux du nouveau régime se montrent des éxécuteurs zélés .
Tout d'abord, Malabar, un cheval très fort, très musclé, qui repoussera deux contre-attaques humaines ; Douce ensuite, jument qui ne sait pas bien lire et qui croit donc sur paroles les propos changeants de Brille-Babil.

Boule de Neige veut construire un moulin pour développer de manière
intensive la production de la ferme. Napoléon est d'un avis contraire et
considère qu'il y a d'autres priorités. Ce dernier, aidé d'une meute de
chiens qu'il a spécialement dressés et retirés de leur mère, pourchasse
Boule de Neige et parvient à le mettre en fuite. Napoléon devient donc
seul maître de la Ferme des Animaux et reprend finalement à son compte
l'idée du moulin qui est finalement construit.

chimage.php Napoléon en endosse le prestige, et Brille-Babil se charge de rappeler à l'ordre tous ceux qui osent avancer que Napoléon était contre ce projet du temps de Boule de Neige.
Napoléon était pour ce projet, c'est le penseur, l'instigateur et le réalisateur
du moulin, assène Brille-Babil. Tous les animaux, plus naïfs que les
cochons, croient volontiers cette propagande et chacun convient que sa
mémoire doit sans doute lui faire défaut et qu'en effet, Napoléon doit être
l'instigateur du moulin.
Malheureusement, une tempête détruit ce moulin précaire à plusieurs reprises. IL sera reconstruit à chaque fois par Malabar, qui finalement mourra d'épuisement. Toutes les dégradations dues aux aléas climatiques, et même les attaques humaines, tous les maux de la ferme sont imputés à ce traite, à cet "homme" (!) de Boule de Neige. Des Animaux "avouent", après un interrogatoire secret mené par des cochons, avoir aidé le complot de Boule de Neige et sont donc exécutés par Napoléon.
Afin de lutter contre ces ennemis de l'intérieur, les cochons prennent de plus en plus de privilèges : ils suppriment notamment le libre débat du dimanche, dans lequel tous les Animaux pouvaient faire connaître leurs doléances et grâce auxquel les cochons devaient rendre des comptes. Progressivement, et sans qu'aucun animal ne le remarque, et malgré le léger trouble des plus anciens, un certain nombre de principes sont modifiés :

Nul Animal ne boira d'alcool plus que de raison
Nul Animal ne dormira dans un lit avec des draps
Nul Animal ne tuera un autre Animal sans raison valable

Qui ne se réduisent finalement plus qu'en seul commandement :
Tous les Animaux sont égaux, mais certains le sont plus que d'autres.
Brille-Babil dit et répète que tous ceux qui imaginent que des principes fondateurs ont changé se trompent : ils ont toujours été comme cela. Et toujours, en cas de doute ou de trouble, les moutons sont là pour couper toute discussion en chantant "Quatre pattes oui ! deux pattes non ! Quatre pattes oui ! deux pattes non !" sous les yeux des cochons, qui à présent portent de plus en plus souvent des vêtements.
Finalement, les relations se normalisent entre cochons et humains, à tel point que ces derniers viennent féliciter les cochons. Les humains leur avouent en effet que jamais on a autant exploité les animaux que dans cette ferme dirigée par des cochons. Alors les cochons, devenus obèses, se dressent sur deux pattes lors de leurs déplacements dans la ferme. Mais les moutons sont là pour scander à nouveau ce chant (qui n'a soit disant
jamais changé) : "Quatre pattes bon ! Deux pattes mieux ! Quatre pattes bon ! Deux pattes mieux !".
Et les autres Animaux de la ferme, qui observent juchés sur une fenêtre un repas hommes-cochons qui a lieu dans une pièce luxueuse et chauffée de la ferme, ont bien du mal et finalement ne parviennent plus à distinguer les hommes des cochons et les cochons des hommes...

Animal-Farm

mercredi 15 septembre 2010

Jean Daniel : L'illusion populiste

jeandaniel “En fait, sous prétexte de rencontrer la base, ce président n'a pas voulu regarder vers le sommet. Parce qu'il voulait s'identifier aux hommes de terrain, il n'a pas su prendre de l'altitude. Il s'est refusé à s'adresser directement aux étrangers pour leur dire, par exemple, qu'en décidant de faire respecter ses lois, la France contribuait à corriger l'injurieuse image à laquelle les xénophobes les associent. Cette idée qui me paraît essentielle, il ne l'a pas comprise. Il l'a jugée trop « intellectuelle ». D'ailleurs, à Grenoble, il a voulu menacer et dissuader, non convaincre. C'est l'ancien ministre de l'Intérieur qui a remplacé le président. Le chef de la police n'a pas su s'adresser à tous les enfants de la République. L'homme d'Etat ne s'est pas fait entendre des citoyens.”

L’intégralite de

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l’édito  : http://jean-daniel.blogs.nouvelobs.com/archive/2010/09/08/l-editorial-de-jean-daniel.html

samedi 4 septembre 2010

Jean Daniel : pour un réformisme radical

jeandaniel

  Voici quelques leçons que je tire de mes maîtres. Je suis, selon le mot de Camus, un « réformiste radical »   qui pratique, selon le mot de Michel Foucault, une « morale de l’inconfort », avec l’ambition d’atteindre « un bonheur sans transcendance », comme aurait pu le dire, selon moi,   Spinoza. Il s’agit tout simplement d’une éthique de gauche.

  1.   - Je ne veux plus changer le monde, je veux le réformer. Je   suis réformiste non pas seulement par renoncement à la       révolution mais par croyance aux progrès, et je souligne       que j’écris ce dernier mot au pluriel. On ne peut plus croire au progrès au sens de Condorcet, de Marx ou d’Auguste Comte. Avant qu’un aigle ne lui dévore le foie, Prométhée a tout de même réussi à dérober quelques secrets à Zeus, qui ont fait  progresser l’humanité en maints domaines. Je maintiens qu’on peut continuer à le faire ici-bas, dans ce monde et tous les jours.
  2. -  Le réformisme radical se conçoit à l’intérieur de l’Héritage des Lumières de la considération de la raison critique comme un irréversible progrès même si ces instruments intellectuels de la raison doit servir à souligner les limites de la raison.

Lire la suite ici.